mercredi 22 octobre 2014

Le militaire pulls the audience into a troubling downward spiral of paranoia

Every day, Bertrand scrupulously monitors his blood sugar level and blood pressure. Every day, he meticulously irons the white shirt he wears with his black suit. Every day, he breakfasts on fried egg yolks and sliced white bread. And every day, he briefly ventures out with his camera, photographing random young women to compile his fake memories. One day, he even offers one of them $500 for her coat. Since returning from Afghanistan with a leg injury, this French-born former soldier has had trouble coming to grips with reality and overcoming his loneliness. On the heels of SUR LA TRACE D'IGOR RIZZI and THE KATE LOGAN AFFAIR, Noël Mitrani once again works with his favourite actor, Laurent Lucas, casting him in a complex, murky role as a soldier adrift. Inhabiting every shot with his undeniable presence, he’s the vulnerable and elusive backbone of this minimalist psychological thriller. An entirely independent production shot guerrilla-style in two weeks on the streets of Montréal in Super 16, Le militaire pulls the audience into a troubling downward spiral of paranoia.
– Helen Faradji
https://www.festivalscope.com/film/the-military-man#%2Ffilm%2Fthe-military-man%2Fmain

Los efec­tos de la gue­rra

Los efec­tos de la gue­rra en la esta­bi­li­dad men­tal de quie­nes par­ti­ci­pan en la misma que­dan refle­ja­dos en Le Mili­taire (Canadá) de Noél Mitrani. Con una pul­cra narra­ción mini­ma­lista, Lau­rent Lucas es prác­ti­ca­mente el único per­so­naje de una his­to­ria que lo mues­tra carac­te­ri­zando a un ex mili­tar fran­cés que des­pués de su par­ti­ci­pa­ción en el con­flicto bélico de Afga­nis­tán, ade­más de haber que­dado par­cial­mente dis­ca­pa­ci­tado, se encuen­tra emo­cio­nal­mente per­tur­bado. Lucas trans­mite cabal­mente la psi­co­lo­gía de este per­so­naje cuya vida dia­ria está ali­men­tada por fre­cuen­tes deli­rios y en donde su efí­mero con­tacto social se pro­duce al inter­ac­tuar con una chica a quien encuen­tra en un par­que. En este film inquie­tante y de esca­sos diá­lo­gos Mitrani logra que sus imá­ge­nes expre­sen por sí solas el drama de un indi­vi­duo impo­si­bi­li­tado de reanu­dar una exis­ten­cia nor­mal por los trau­má­ti­cos acon­te­ci­mien­tos expe­ri­men­ta­dos en el pasado.
Cró­nica de Jorge Gut­man
http://tribunacultural.com/2014/10/20/evaluacion-del-festival-du-nouveau-cinema/

mardi 21 octobre 2014

Le militaire : Le retour à la vie

Le réalisateur Franco-Canadien Noël Mitrani présentait à l’occasion du Festival du Nouveau Cinéma de Montréal son dernier long-métrage « Le Militaire » qui avait été tourné quelques temps plus tôt à la métropole Québécoise. Ce drame nous immerge dans la vie d’un ex-militaire revenu d’Afghanistan et qui souffre du syndrome post-traumatique que vivent les anciens combattants. Le militaire est ainsi tiraillé par sa volonté de vivre et sa souffrance psychologique qui le conduit à consommer quotidiennement des médicaments. Il a beaucoup de difficulté à accepter ce qu’il est devenu et à admettre sa réalité présente. Laurent Lucas, qui interprète le rôle du militaire dans ce thriller est plein de vulnérabilité dans son jeu d’acteur et marque sa présence sur l’écran aux cotés de Noémie Godin-Vigneau, qui transperce l’écran avec sa fragilité et sa sensibilité.

Carole Dumont (L’initiative)

http://linitiative.ca/2014/10/20/le-militaire-le-retour-a-la-vie/

mercredi 15 octobre 2014

Laurent Lucas est d’une intensité hallucinante

mardi 14 octobre 2014

Cinéfilic : Entrevue avec Noël Mitrani (Le militaire)

FNC 2014: Entrevue avec Noël Mitrani (Le militaire)

 

À quelques jours de la présentation de son dernier film au FNC, nous avons eu le grand plaisir de nous entretenir avec Noël Mitrani. Ce fut pour nous l’occasion de parler de son travail sur Le militaire, mais aussi de super 16, de la difficulté de distribuer des films indépendants et du système des subventions au Québec!


Le militaire va être projeté à l’occasion du prochain FNC. Pouvez-nous vous présenter brièvement le film ?

Au départ, le principe était de faire un film avec Laurent Lucas, et de faire la description d’un personnage la plus précise possible, en disant tout ce que le personnage avait besoin d’exprimer. J’ai voulu faire un travail extrêmement sincère. Je l’ai coproduit avec le directeur photo Bruno Philip, et étant producteur, j’ai pu avoir un contrôle total sur le contenu. C’était très important pour moi de voir jusqu’où je pouvais aller dans l’écriture d’un film pour lequel je n’avais pas de contraintes financières et pas la nécessité de devoir convaincre des commanditaires ou des financiers. C’est très important au niveau créatif, car ça permet de ressentir une bouffée d’air frais, ce dont j’avais vraiment besoin. D’un point de vue artistique, j’avais ce personnage qui me trottait dans la tête, un personnage de militaire qui boitait. J’aime bien travailler sur des personnages qui ont vécu quelque chose de fort et qui sont en prise avec leur passé. 

Vous parliez de liberté artistique… concrètement, comment ça s’est traduit dans ce film?

Ça s’est traduit par un scénario de 35 ou 40 pages au lieu d’un scénario de 120 pages. Il n’y avait que les descriptions élémentaires de chaque scène. J’ai donné la première version à Laurent qui l’a lue, qui m’a fait quelques commentaires très intéressants, et très rapidement, j’ai compris que le film allait exister à la réalisation. Ça a été déterminant car je savais en commençant le tournage que le scénario était abouti dans ses intentions, mais pas abouti dans son extension, c’est-à-dire dans son écriture. Il manquait des maillons et je savais que je trouverais ces maillons au tournage, au fur et à mesure. Rien n’est plus précieux que d’avoir filmé une scène et d’avoir vu ce qu’on a fait, car ça permet de préciser certaines intentions. Avec Laurent, on a fait un travail extraordinaire à ce moment-là. Tous les matins je me levais à 5 heures du matin et j'écrivais deux ou trois scènes qui me semblaient importantes à insérer dans le film. J’avais un plan de travail qui me faisait finir vers 3 heures de l’après-midi, et il nous restait 2 heures pour filmer les scènes additionnelles écrites le matin. C’est extraordinaire de pouvoir travailler comme ça. Si on travaille avec des gens qui vous donnent de l’argent, c’est totalement impossible. Ce n’est pas de l’improvisation, mais de l’adaptation… c’est presque de la sculpture ou de la peinture: on ajoute les touches nécessaires au fur et à mesure. 

Et quelle a été la part de Laurent Lucas dans le processus? Les dialogues étaient écrits intégralement? Vous lui laissiez une liberté?

Les dialogues sont écrits et respectés à 95%. Laurent a vraiment appris ses dialogues par cœur. Par contre, pour les scènes additionnelles, je disais à Laurent: «on va tourner deux ou trois scènes ce soir, mais je t’en parlerai 10 minutes avant de les tourner». Quand il y avait un petit dialogue, il pouvait travailler très vite, et il les apprenait pendant qu’on faisait la mise en place. L’idée du film, c’était de filmer chaque scène une seule fois, ce que nous avons vraiment respecté. Le but, c’est de considérer que les situation ne se présentent qu’une fois, et que nous allions les filmer. C’est en ça qu’il y a une valeur documentaire. Souvent, on pense que le documentaire consiste à faire bouger la caméra qu’on tient sur l’épaule, mais ce n’est pas ça. Le documentaire, c’est «la situation ne se présente qu’une fois». Il y a des personnes qui s’expriment, qui sont dans leurs vies, on les suit avec une caméra… et les choses ne se présentent qu’une fois! C’est ce qu’on a fait! Pour s’autoriser ce genre de chose, il faut vraiment un acteur de haut niveau… mais Laurent a cette capacité de jouer juste du premier coup et d’aller directement à l'essentiel en étant sobre. Avec un acteur moyen, je n’aurais jamais pu faire ça. C’était très fort car chaque scène était tournée en plan séquence, en 45 minutes, dans une stratégie documentaire: on ne peut pas découper dans un documentaire. On ne dit pas à quelqu’un qui est en train de parler «Attends, on coupe et on va continuer en gros plan!» Il parle, et on le filme! C’est exactement ce qu’on a fait. À ce niveau là, il y avait presque quelque chose de médical. On a traité le personnage comme un homme malade et on l’a filmé en phase de souffrance. 

Et si le point de départ est de faire seulement une prise et de s’y tenir… est-ce qu’il vous est arrivé de vous dire «hier, on a fait une scène pas terrible, on va plutôt essayer d’en faire une autre, qui peut aller dans la même direction, mais différemment»? 

On a presque fait ça. En fait, il y a les scènes que j’ai écrites et qu’on a ajoutées au fur et à mesure, et il y a les scènes initialement prévues, mais que nous n'avons finalement pas tournées car je considérais qu’elles n’étaient pas assez pertinentes et qu’on avait d’autres moyens de filmer la même chose, mais de manière plus forte, dans un autre contexte, avec d’autres éléments en jeu. Ça a été passionnant car on a pu peaufiner les scènes. J’en ai pratiquement autant retirées que crées. J’ai fait un travail d’ajustement. Quand on dit que le film est un travail artisanal, ça me fait rigoler. Si le film coûte plusieurs millions de dollars, ce n’est pas possible! Avec une équipe de 100 personnes, on ne peut pas faire un travail artisanal. Un travail artisanal, c’est un travail d’ajustement. Dans toute carrière de réalisateur, on a tous ce fantasme de le faire au moins une fois, et je ne suis pas loin de l’avoir fait deux fois, car je l’ai fait aussi sur mon premier film (Sur la trace d'Igor Rizzi, ndlr), mais je n’avais pas la même expérience à l’époque. Cette fois, j’ai pu en profiter de façon plus aboutie et plus mûre. J’ai pu travailler les matériaux de façon plus précise. C’était très agréable à ce niveau-là. 

Vous voyez ça comme une expérience?

Complètement! 

Vous auriez envie de la retenter, éventuellement pour votre prochain film, ou avez-vous au contraire envie de retourner à un cinéma plus classique dans sa conception?

Non, il s’est passé quelque chose dans ma tête, et je pense que je ne reviendrai plus en arrière parce que je me suis trouvé. Je me suis trouvé sur le plan artistique, je me suis trouvé en tant que réalisateur. Jusqu’à présent, j’avais fait des choses au feeling, mais je ne les avais pas élaborées dans ma tête. En fait, mon prochain film sera plus élaboré dans le sens où il aura plus d’acteurs, plus de situations de jeu, il faudra un peu plus d’argent, mais je le filmerai de la même façon, c’est à dire en super 16mm, caméra à la main, et en plans séquences. Je vais essayer le plus possible de travailler de la même façon avec les acteurs. S’ils sont bien choisis, on va pouvoir se le permettre. 

Par contre, pour celui-là, vous n’aviez pas de subventions. Pour le prochain, pourriez-vous essayer d’en avoir?

Oui, je vais essayer. 

Le scénario sera donc quand même plus étoffé?

Oui. J’ai pris confiance en moi par rapport à ça. Je suis en train de rédiger un scénario qui fera plus de 100 pages, qui sera dialogué, avec des indications très précises. Mais je vais quand même le faire sous une forme de film d’auteur, c’est à dire en indépendant, avec peu d’argent… idéalement 1,5 ou 2 millions à tout casser… pas plus, et je vais essayer de travailler de la même façon. 

Toujours en super 16 donc...

J’adore le super 16. Le support est tellement riche, fort… et il correspond à ce que je cherche à dire. Si je tournais avec une Red ou une caméra numérique (ce que je n’ai d’ailleurs jamais fait)... Je ne sais même pas si je sais travailler en numérique en fait! Je crois que je paniquerais, car j’ai besoin de ce moment fatidique, j'ai besoin de savoir que la caméra tourne avec de la pellicule à l’intérieur! En plus, je serai très déprimé au rush. Déjà, en film, c’est déprimant, mais en numérique, on a vraiment l’impression d’avoir tourné avec son téléphone. J’ai très peur de ça. Si je peux continuer à tourner en film, je vais me battre pour ça. 

Ça fait penser à ce que vous disiez sur votre façon de tourner: seulement une prise. Quand on tourne en film, chaque prise coûte de l’argent. La facilité, mais aussi le danger en numérique, c’est qu’on peu faire quinze prises…

Il n’y a pas ce côté sacré dans le numérique. Pour moi la pellicule c’est sacré. Avec la pellicule, il y a nous, il y a ce qu’on fait, il y a ce qu’on filme… mais il y a aussi ce que la pellicule décide de faire. C’est un matériau vivant, c’est de la chimie. C’est pour ça qu’on a une relation si organique avec le film. C’est de la chimie, ce n’est pas des 1 et des 0. Notre œil est hypnotisé par ça. Il se passe quelque chose quand on regarde le film. Il y a quelque chose d’aléatoire dans le déplacement de l’argentique sur l’image. Ça n’a rien à voir avec le numérique qui est très stable et qui est d’ailleurs de plus en plus stable. Les films numériques me dépriment… 

Mais ils le sont presque tous maintenant…

Oui… je suis assez navré de voir que si peu de réalisateurs se battent pour ça, car il y a quelque chose dans la pellicule qui participe au cinéma. Je ne veux pas jouer les vieux ringard un peu grincheux, mais j’ai l’impression qu’avec la pellicule, on faisait du cinéma alors qu’avec du numérique on fait de l’image. Je me trompe parfois… mais uniquement pour les chefs d’œuvres! 

Dans les scènes de dialogues, je comprends ce que vous dites et cette notion de danger, mais le numérique peut avoir un avantage. Cela peut aider à capter un instant d’errance d’un personnage pendant lequel la caméra peut tourner longtemps, sans savoir si le plan va être utilisé ou si on ne va en utiliser que 10 secondes.

Mais ça, on le fait avec le film également. 

Mais c'est très coûteux…

C'est très coûteux, mais il s’agit d’une façon de penser le film… et il faut le faire à la base. (...) La nouvelle génération qui tourne en numérique est née avec ça, et sait s’en servir. Je ne dis pas que je ne pourrai pas m’adapter, mais j’appartiens à une génération un peu charnière et je m’accroche encore au film car je suis convaincu que Le militaire a besoin de le densité de la pellicule. Sinon, la matière ne serait pas là, la profondeur ne serait pas là… elle manquerait. 

Après sa conception, parlons maintenant de la vie du film, une fois terminé. Vous l’avez fait tout seul… Il a été fait sans le financement des institutions…

Il a été fait avec le directeur photo, Bruno Philip. Sans lui, je n’aurais pas pu le faire sous cette forme. Mais nous sommes des amis et nous avons collaboré ensemble. 

Mais il n’a pas reçu de subventions… c’est donc beaucoup plus dur de trouver un distributeur.

C’est très difficile. 

D'ailleurs, vous n’en avez pas!

Ce n’est pas difficile pour la raison à laquelle je pensais! La qualité du film intéresse les gens. Certains sont prêts à le prendre en VOD. Un distributeur est très intéressé… mais quand on fait un projet de film en dehors des institutions, ça veut dire qu’on n’a pas fait embarquer un distributeur dès l’origine du projet. Ça veut dire qu’il ne gagne pas d’argent! En gros, distribuer un film au Québec veut dire ne pas gagner d’argent, sauf avec des subventions de l’État! Comme nous n’avons pas de subventions, les distributeurs ne savent pas comment gagner de l’argent. Ils tournent en rond et n’arrivent pas à se décider. C’est ça qui est grave. Il ne suffit pas de faire un bon film pour pouvoir impliquer un distributeur… mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas y arriver! Je vais donner un détail: on a fait le film par nous-mêmes, et maintenant les distributeurs et chaines de télé nous demandent un document qui s’appelle “erreurs et omissions”. Ça vaut 8000 dollars et on doit le fournir au cas où qui que ce soit attaquerait le film pour une raison ou pour une autre (parce qu’une personne se reconnaît en train de passer par exemple). Ça ne va pas pas arriver dans le film car c’est très minimaliste, mais ce document vaut 8000 dollars. C’est énorme à l'échelle du film. Ces petits détails deviennent de véritables obstacles pour le cinéma indépendant. 

Du coup, Le militaire, en dehors du FNC et probablement des Rendez-vous du cinéma québécois, sera-t-il visible en salle ou ailleurs?

J’en suis sûr… mais sa distribution sera aussi atypique que sa production. Quand on fait des choses hors système, c’est très compliqué de les faire rentrer dans le système! C’est comme faire rentrer le dentifrice dans le tube! Il faut qu’on se batte, ce qui consiste à explorer la question jusqu’à trouver la faille. Et il y a des failles: ce sont des gens prêts à s’impliquer sans chercher à vouloir gagner vraiment de l’argent, ce sont des aides auxquelles on n’a pas pensé, ce sont des soutiens que l’on peut travailler en allant rencontrer les gens, en leur montrant que le film a un intérêt. Par exemple, nous sommes en ce moment à la Cinémathèque… je suis sûre qu’elle pourrait proposer de le projeter. On peut aller à Québec, à Sherbrooke, dans le reste du Canada car le film est sous-titré… J’aimerais bien le présenter à Toronto un jour. Quand on est confiant dans notre film, il n’y a pas de raison de ne pas y parvenir… mais c’est un gros travail!

C’est bon aussi de se dire que faire un film, c’est dépenser de l’argent pour faire ce que l’on croit être bon… sans forcément en avoir en retour! Mais on ne peut pas faire sa toute sa carrière, pour tous ses films…

On ne peut pas faire ça toute sa carrière, mais j’ai fait ça avec mes courts métrages en France. J’en produisais un et me faisais produire le suivant. C’est très important: c’est quand je me produis moi même que je me trouve en tant que réalisateur car j’ai les marges de manœuvre nécessaires pour pouvoir avancer artistiquement. Après Kate Logan, j’avais vraiment besoin d’expérimenter un film indépendant. 

Ces expérimentions peuvent vous aider par la suite pour vos travaux plus classiques? Elles vous permettent d’apprendre?

Bien sûr. Justement, je vais injecter dans mon prochain projet toutes les choses que j’ai expérimentées. D’ailleurs, Le militaire n’est pas un film expérimental… et j’ai aimé ce que vous avez dit tout à l’heure: C’est un film d’expérience! Ce n’est surtout pas du cinéma expérimental, dont je ne suis pas adepte. Je veux raconter des histoires et décrire des personnages. Mais j’ai franchi un cap énorme avec Le militaire et je vais injecter ces connaissances dans un film pour lequel j’irai chercher de l’argent. Le prochain film devrait être vraiment beaucoup plus abouti que tout ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. Je vais faire un mélange argent et art! 

Entrevue réalisée par Jean-Marie Lanlo à Montréal le 29 septembre 2014 

http://www.cinefilic.com/2014/10/fnc-2014-entrevue-avec-noel-mitrani-le.html

Le Militaire: Une oeuvre poignante et radicale sur la solitude

Noël Mitrani (Sur la trace d’Igor Rizzi) livre avec Le militaire, dans un Montréal automnal, une oeuvre poignante et radicale sur la solitude urbaine avec son acteur d’élection Laurent Lucas. Rôle de maturité pour l’interprète français adopté au Québec, puissant et concentré dans la peau d’un militaire retraité, boiteux, ivre d’esseulement, fétichiste, voyeur. Ses petits rituels du matin, ses approches de moins en moins furtives auprès de jeunes femmes dont il veut capturer l’essence pour s’en repaître chez lui, nous entraînent dans un univers virtuel douloureux : pur miroir de nos sociétés d’exclusion.

14 octobre 2014 |Odile Tremblay| Le Devoir
http://www.ledevoir.com/culture/cinema/420992/a-surveiller-au-festival-national-du-nouveau-cinema

lundi 13 octobre 2014

Le Militaire en VOD sur illico

http://illicoweb.videotron.com/films/343674/Militaire-Le

Le Militaire – Obsession

Présenté au FNC le 15 octobre à 19 h et le 18 octobre à 15 h 20, le troisième long métrage de Noël Mitrani (The Kate Logan Affair [2011] et Sur les traces d’Igor Rizzi [2007]), Le Militaire, porte sur la solitude et l’enfermement. Tourné à l’automne 2012 à Montréal, la maison de Laurent Lucas devient celle de son personnage Bertrand. L’acteur connaît ainsi intimement les lieux du tournage. Fait intéressant : près de 90 % des scènes ont été tournées en seule prise, ce qui n’est pas rien, et cela, sans répétition.
Suivant une diète stricte, surveillant scrupuleusement son taux de glycémie et sa tension artérielle, toujours vêtu d’une chemise blanche repassée avec soin, Bertrand se plie à une disciple ferme. Il tient un compte précis de ses activités à l’aide d’un magnétophone qu’il trimbale partout. Il ne sort que peu sauf pour photographier les jeunes femmes qu’il croise. Un jour,  il demande à une femme, dont il apprendra par la suite qu’elle se prénomme Audrey (Noémie Godin-Vigneau), de lui acheter son manteau contre 500 $. Obsédé par le corps féminin, il est incapable d’établir de relation avec une femme dans le monde réel.
Le film aborde les difficultés que rencontre Bertrand, un ancien militaire, de prendre part à nouveau à la société. Visiblement marqué par les conflits armés, il fait des cauchemars, revit parfois les combats (on pense notamment à la scène d’ouverture) et souffre à une jambe, ce qui le force à utiliser une canne. Sa canne qui lui servira d’ailleurs de fusil dans ses conflits imaginaires. Comme le confiait le réalisateur en entrevue à la revue Séquences en mai dernier : « Le principe de base était de travailler sur un individu solitaire aux prises avec des traumatismes qui l’empêcheraient de faire face à la réalité, et plus particulièrement dans ses rapports avec les femmes. Ce qui est intéressant dans le personnage de Bertrand, c’est que sa rigueur morale, assimilée pendant son service à l’armée, contraste avec sa vie privée, plutôt à la dérive. » Le militaire transcrit des passages de la Bible, sans pour autant en suivre tous les commandements.
Filmé caméra à l’épaule, on sent parfois l’agitation du personnage par le mouvement même de la caméra plus marqué. Bertrand est omniprésent, il est dans presque tous les plans, au centre d’un univers que l’on sent fragile, sur le point d’éclater au moindre soubresaut. Mitrani utilise beaucoup les gros plans pour capter les émotions du protagoniste. Il nous le montre accomplissant les gestes du quotidien : peigne sa barbe, lave ses ongles, fait ses injections d’insuline, etc. Bien que ce dernier fait ne soit pas un défaut, le film tourne un peu à vide par moments. Et la fin, bien que positive pour Bernard, ne me paraît pas réaliste, du moins, elle ne devrait pas être sans conséquences pour sa santé physique.
Le Militaire témoigne de la vulnérabilité de l’homme, qui cherche à se raccrocher à de petits choses pour ne pas sombrer.

- Annie Tanguay • 13 octobre 2014 •
 http://lepetitseptieme.ca/2014/10/13/militaire-obsession/

vendredi 10 octobre 2014

Entretien avec Noël Mitrani CIBL 101,5

Daniel Racine reçoit le cinéaste Noël Mitrani à propos de son film Le Militaire, dans lequel joue Laurent Lucas.
Émission de radio diffusée le 9 octobre 2014 à 18h.
Cinéfix CIBL 101,5 Montréal
https://www.youtube.com/watch?v=n1GD01w_22U&feature=youtu.be

mercredi 24 septembre 2014

Le syndrome post-traumatique

Laurent Lucas dans le rôle d'un ancien combattant livré à lui-même.
Le Festival du Nouveau Cinéma accueillera aussi la première mondiale du film Le militaire de Noël Mitrani : un regard analytique sur le syndrome post-traumatique après la guerre.
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mardi 23 septembre 2014

Un thriller mental minimaliste

Chaque jour, Bertrand prend scrupuleusement en note son taux de glycémie et sa tension artérielle. Chaque jour, il repasse soigneusement sa chemise blanche, celle qu’il portera sous son costume noir. Chaque jour, il déjeune de jaunes d’oeufs poêlés et de tranches de pain blanc. Et chaque jour, il s’aventure quelques instants dehors, armé de son appareil photo, pour mieux se fabriquer des souvenirs des jeunes femmes qu’il croise. Un jour, il proposera même à l’une d’entre elles de lui acheter son manteau contre 500 dollars. Depuis qu’il est revenu d’Afghanistan, blessé à une jambe, cet ancien militaire d’origine française a bien du mal à reprendre pied dans la réalité et à combattre la solitude. A près Sur la trace d’Igor Rizzi et The Kate Logan Affair, Noël Mitrani retrouve son acteur fétiche Laurent Lucas pour lui confier cette fois ce rôle complexe et trouble de militaire à la dérive. Habitant chaque plan de sa présence indéniable, vulnérable et insaisissable, il est l’épine dorsale de ce thriller mental minimaliste. Tourné en quatorze jours dans les rues de Montréal, en super 16 de façon entièrement indépendante et dans des conditions de documentaire, Le militaire nous entraîne avec lui au coeur d’une inquiétante spirale paranoïaque.
– Helen Faradji
Festival du Nouveau Cinéma 2014

jeudi 18 septembre 2014

Le Militaire présenté au Festival du Nouveau Cinéma

Le FNC a annoncé la présentation du film Le Militaire en première au Québec.

"Le réalisateur franco-canadien Noël Mitrani (The Kate Logan Affair) nous revient avec son acteur fétiche Laurent Lucas dans le film Le militaire, qui porte sur la solitude et l’isolement d’un ancien combattant atteint du syndrome de stress post-traumatique."
- André Duchesne, La Presse, 3 septembre 2014

http://plus.lapresse.ca/screens/bd453b43-2815-45f6-ba8b-2fac381d0300|_0

lundi 7 juillet 2014

Entretien avec Noël Mitrani et Laurent Lucas dans Séquences

Laurent Lucas demeure constamment vrai
Rencontrer Noël Mitrani, c’est avoir un rendez-vous fascinant avec l’inhabituel, découvrir une façon de tourner bien différente de celle de plusieurs autres cinéastes. C’est aussi entendre des mots qui manifestent un autre regard sur le cinéma. Et finalement, c’est se rendre à l’évidence que filmer en toute liberté est la base même de tout acte de création artistique. Mais lorsque nous avons également devant nous un comédien de la veine de Laurent Lucas, la rencontre est d’autant plus chaleureuse que nous sommes les privilégiés d’un dialogue entre l’art et la vie. En vue d’une possible distribution de son nouvel opus, Le Militaire, Noël Mitrani s’est entretenu avec nous, accompagné de son acteur fétiche, une présence farouchement charismatique qui remet le métier d’acteur dans le rang des grands arts.

Propos recueillis par Élie Castiel

On sent, pendant toute la projection, une urgence de tourner. Est-ce qu’il s’agit d’un projet que vous caressiez depuis longtemps ? Pour parler du traumatisme des vétérans de guerre peut-être?

Mitrani : En ce qui a trait à l’urgence de tourner, peut-être bien que si, même si je n’en suis pas tout à fait conscient. Mais par rapport au personnage, pour dire vraiment les choses, il s’est imposé progressivement et il n’était nullement question de présenter un vétéran de guerre en lutte contre ses propres fantasmes provoqués par le conflit. Le principe de base était de travailler sur un individu solitaire aux prises avec des traumatismes qui l’empêcheraient de faire face à la réalité, et plus particulièrement dans ses rapports avec les femmes. Ce qui est intéressant dans le personnage de Bertrand, c’est que sa rigueur morale, assimilée pendant son service à l’armée, contraste avec sa vie privée, plutôt à la dérive. 

Et pourtant il s’agit d’un personnage séduisant, attachant même, justement parce qu’il n’obéit pas aux codes de comportement de la norme, même s’il n’en est pas tout à fait conscient.

Lucas : En quelque sorte, c’est un personnage issu de nos fantasmes. En tant que spectateurs, nous sommes disposés à entrer dans ce jeu à la fois pervers et captivant. En quelque sorte, Bertrand éveille chez les spectateurs quelque chose d’enfoui en eux, mais qu’ils n’osent avouer.

Mitrani : Le principe de base est que, d’une manière ou d’une autre, la majorité des hommes porte un degré de perversité qui, dans la plupart des cas, n’ose s’exprimer ouvertement, et tant mieux puisque ça ne serait pas gérable. La femme, elle, est plus nourricière et sensible. 

Votre personnage de Bertrand est pratiquement de tous les plans. N’est-ce pas un poids plutôt lourd à assumer ?

Lucas : En fait, ce qui a rendu le tout facilement assimilable, c’est le fait que le personnage s’est construit au fur et à mesure du tournage. Néanmoins, si je le compare à tous les rôles précédents que j’ai tenus, soit ici ou ailleurs, celui de Bertrand s’est bâti entre le réalisateur et moi-même. J’aime bien cet échange qui, en fin de compte, devenait de jour en jour plus constructif. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est que Noël arrivait chaque jour avec de nouvelles idées qui m’amenaient à faire des réformes quant au comportement de mon personnage, des changements auxquels je n’avais pas pensé auparavant. On dit souvent que le comédien est à 50 % la marionnette du réalisateur. Dans ce cas, j’ai senti que c’était plutôt de l’ordre de 90 %. Et tant mieux puisqu’au moment où on disait « Action ! », je reprenais les choses en main.

Mitrani : Ce qu’il est important de rappeler, c’est qu’un film se construit au fur et à mesure. Justement, au fur et à mesure que Laurent incarnait son personnage, il m’envoyait régulièrement des signaux pour l’enrichir. En fait, dès le départ, nous savions tous les deux de quoi il était question dans l’idiosyncrasie du rôle à défendre. Par ailleurs, je crois qu’il est important de souligner qu'à l'origine, nous avions l’intention de tourner Le Militaire comme s’il s’agissait d’un documentaire. Le documentaire, c’est souvent la caméra à l’épaule et qui va dans tous les sens. Mais en fait, ce n’est pas comme cela que ça s’est passé : nous avons fait comme si les situations ne se présentaient qu’une seule fois. Ce qui explique que 90 % des scènes, et sans doute plus, n’ont été tournées qu’une seule fois, et sans répétition. Une prise a suffi. Ce qui est important, c’est qu’il ne fallait pas endommager ou abîmer la nature même du personnage. Dans ce sens, si Laurent demeure constamment vrai, c’est que c’est l’heureuse conséquence de ce principe de mise en situation. 

Pensez-vous que Le Militaire se situe comme le prolongement de votre démarche entamée avec Sur les traces d’Igor Rizzi ?

Mitrani : Je ne vois pas vraiment les choses de cette façon. J’ai l’impression que le dénominateur commun à mes trois films, c’est en grande partie mon intégrité face au métier de réalisateur, de voir les choses à ma façon. Par exemple, comme c’est le cas dans les films précédents, et autant dans Le Militaire, c’est que je passe très peu de temps à définir les plans. En fait, avant le tournage, Laurent et moi avons échangé très peu de mots. Nous étions vraiment dans l’économie, sauf si un imprévu se présentait. Les mises en place et les plans s’organisaient en quasiment 45 minutes plutôt qu’environ 3 heures comme c’est l’habitude dans la plupart des productions. Nous étions presque toujours plongés dans l’action. Le Militaire, dans ce sens, a pu se tourner en quelques jours. 

Les seuls moments de grâce qu’on retrouve dans le film sont ceux de la rencontre entre Bertrand et Audrey, mais ce sont des moments furtifs.

Lucas : Toute personne normalement constituée est consciente qu’il est impossible de réaliser le désir d’accéder à l’autre en employant des méthodes irrationnelles. Dans son rapport à la femme, il est important de rappeler que Bertrand, poussé par son traumatisme et plus encore par son égocentrisme issu de sa douleur face à la solitude, est incapable de traverser la frontière qui nous mène vers l’autre avec calme et sérénité. 

D’où le danger de rendre cette rencontre stérile.

Lucas : Tout à fait. Bertrand n’arrive pas à gérer ce rapport égalitaire qui aurait dû s’exprimer autrement. En fait, même dans la vraie vie, le rapport à l’autre, surtout lorsqu’il s’agit des premiers émois amoureux, n’est jamais simple au début. C’est une question d’apprentissage. Mais la peur du sexe, la peur de l’étranger, la peur des appréhensions, tous ces éléments font que Bertrand ne se trouve pas totalement à l’aise avec quelqu’un de nouveau face à lui; dans ce cas, Audrey.
Mitrani : Ce qui est important, c’est que nous n’avons jamais intellectualisé le personnage. C’est sur la quête d’une certaine vérité instinctive que le personnage s’est créé et imposé. 

Ce qui équivaut sans doute à ce besoin primaire de parfois faire face à certaines situations.

Mitrani : Effectivement. C’est cet assemblage de presque naïveté et de naturel qui donne le sens au comportement de certains individus affectés. À mesure qu’on construisait le personnage de Bertrand, on commençait petit à petit à lui pardonner, à ne pas lui en vouloir. À nos yeux, et j’espère aussi aux yeux des spectateurs, il devenait simplement un personnage en déroute qui essaie de s’en sortir. 

Est-ce là une sorte d’apologie de l’antihéros ?

Mitrani : En fait, il s’agit d’un « héros », parce que vraiment en accord avec sa nature, capable de réfléchir pour, du moins, commencer à changer. Alors que tous les Batman et Capitaine America de ce monde sont des personnages formatés sur mesure, Bertrand, quant à lui, écrit sa propre histoire par son étrange comportement et sa volonté de changer. 

Contrairement aux personnages que vous avez incarnés auparavant, celui de Bertrand nous semble le plus complexe. Est-ce le cas ?

Mitrani :  On voulait également une vraie maison. Nous avons donc pensé que celle de Laurent correspondait de près à son personnage. Nous avons donc enlevé quelques éléments du décor pour que l’ensemble corresponde à ce que nous avions en tête. En tournant chez lui, Laurent pouvait encore plus entrer dans son personnage, reconnaissant chaque recoin de sa maison. Le film n’avait donc plus de secret pour lui. 

Entre le comédien et vous-même, aucun rapport de force, aucune distanciation face à la création.

Mitrani : C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’aime travailler avec Laurent. Ce dernier est en fait un prolongement de ma pensée. Il n’a point besoin de trop d’explications et va droit au but. Dans un sens, les bons acteurs sont ceux qui arrivent à se caler sur le tempérament du réalisateur.
Lucas : Je partage le même avis. Il s’agit en quelque sorte d’un effet miroir, parfois nécessaire pour que le projet arrive à point.

Mitrani : J’ajouterais que c’est aussi ce qui explique qu’au contraire d’un scénario de 95 pages bien ficelé, nous avons opté pour presque 30 pages qui réunissaient les conditions nécessaires à l’élaboration d’un film qui s’est également construit par les échanges d’idées entre Laurent et moi-même.

Lucas : En effet, j’ai souvent joué des personnages en plein glissement, à la dérive, mais ce qu’il y a d’impressionnant chez Bertrand, c’est que sa folie est montrée dès le premier plan. Dans ce sens, il me paraît encore plus rigoureux, d’autant plus qu’il est de toutes les séquences. Le film ne lui laisse aucun moment de répit. 

Et pourtant, le refus du rapport à l’autre confirme également le refus de la corporalité.

Lucas : Finalement, Bertrand est un pervers formé par la force des choses. Il n’a pas su évoluer dans la difficile étape de se rapporter à l’autre. Il est si replié sur lui-même qu’il se sent incapable de voir sa propre image. 

Malgré les propos exprimés plut tôt, la caméra à l’épaule entraîne nerveusement le personnage de Bertrand vers l’abîme.

Lucas : En plus, j’étais souvent filmé en gros plan. Pour faciliter mon travail, je pensais aux toiles de certains grands maîtres. Entre la caméra et moi, il s’agissait d’une sorte de création artistique en pleine gestation. 

Et entre Bertrand et la religion, il existe un étrange rapport. Les séquences de spiritualité sont celles où le personnage trouve enfin une certaine forme de sérénité, même si éphémère.

Mitrani : La question de la religion est très importante dans le film. Le rapport à Dieu devient, par moments, la base morale autour de laquelle agit Bertrand. Chez lui, la raideur et la rigueur de son passé militaire laissent parfois la place au recueillement. Mais cela ne l’empêche guère de s’intéresser à la femme, même s’il l’exprime de façon gauche. 

Dans la mouvance du nouveau cinéma québécois, où pensez-vous vous situer ?

Mitrani : Tout d’abord, je ne me sens pas étranger, même si je suis d’origine française. Mais dans le même temps, le cinéma, pour moi, n’appartient en quelque sorte à aucune nation. Le discours cinématographique, surtout en ce qui a trait au cinéma d’auteur, est de facture universelle. Au fond, peu m’importent les fausses étiquettes. 

SÉQUENCES 290 | MAI — JUIN 2014, pp. 36-38.

samedi 17 mai 2014

Le Militaire : JOURNAL DE COMBAT

Élie Castiel

Séquences, 11 mai 2014

CRITIQUE ★★★★


Du moins en apparence, le nouveau film de Noël Mitrani est un essai freudien sur l’abandon de soi, notamment sur le plan psychologique. Une sorte de délire incessant qui s’empare du (quasi) unique personnage du film pour ne plus le lâcher, sortant ses tentacules pour mieux le dominer, pour s’assurer qu’il n’a aucun contrôle sur sa vie. Bienvenue dans l’univers de l’étrange, un territoire troublant où la nature même du protagoniste est sublimée, justement en raison de sa différence. C’est un personnage cinématographique hors-norme et, dans le même temps, d’une puissance photogénique inégalée et paradoxalement charismatique face à la caméra.

Un personnage cinématographique hors-norme
Le cinéma d’auteur aime la différence. Pour les cinéphiles et les critiques, Le Militaire – après le très prometteur Sur les traces d’Igor Rizzi (2006) et le plutôt consensuel The Kate Logan Affair (2010) – est une surprise de taille qui permet au réalisateur d’entreprendre un nouveau virage, dangereux, certes, quitte à y laisser sa peau. Car dans Le Militaire, tout le film est un risque : risque de décevoir, d’aborder singulièrement un sujet atypique normalement privilégié par un certain cinéma de genre grand public, mais aussi risque de filmer en super 16 mm comme s’il s’agissait d’un acte de provocation face aux nouvelles plateformes de tournage. Inconsciemment ou pas, un geste politique qui se traduit par le refus total d’assimilation.

Mitrani craignait l’image granuleuse, imparfaite. À en juger par le résultat, on s’aperçoit qu’elle était nécessaire dans le sens qu’elle épouse parfaitement bien la nature du personnage de Bertrand. Justement, Bertrand, Français d’origine, a servi en Afghanistan – d’où les souvenirs qui reviennent souvent à la surface et qui permettent au directeur photo Bruno Philip d’inventer des plans magnifiquement élaborés, parfois nets, parfois tortueux, en dialogue respectueux avec le sujet filmé.

 Du conflit armé, Bertrand est sorti physiquement handicapé de la jambe gauche et psychologiquement affecté. Installé à Montréal, ses jours et ses nuits sont un continuel combat pour échapper à la dérive et à la descente aux enfers. Il est également obsédé par sa santé (le diabète et la haute tension artérielle) et s’en remet à Dieu (ou à son journal enregistré ou écrit) pour résister à tous ces maux qui le tenaillent.

 Très vite, après les premières images où on apprend à connaître ce survivant de la tourmente, on se rend compte que son handicap dépasse le côté physique : comment réapprendre à aimer les femmes ? Son rapport avec elles est de l’ordre du fantasme, se traduisant par une série de jeux de cartes licencieux, des clichés de femmes nues qu’il collectionne ou des présences féminines qu’il photographie avec son portable, à leur insu, au cours de ses rares sorties. Ses rapports amoureux sont virtuels et se conjuguent à la première personne, totalement déconnectés de la réalité. Il y a sans doute dans son comportement le regard que pose le cinéaste sur certaines relations hommes/femmes d’aujourd’hui, sur des individus qui ont remplacé le rapport direct à l’autre en s’appuyant sur la technologie.

Mais il n’y a pas que cela. Pour Mitrani, c’est avant tout l’aventure que représente le plan qui le séduit; ce rapport moral et éthique au filmé se présente comme une profession de foi, un manifeste qui clame sa liberté de tourner sans compromis, sans vouloir épater le public, quitte à en payer le prix. Et c’est justement cette détermination, cette fermeté de caractère et cet acte de ténacité qui constituent l’originalité d’un projet hors-norme filmé avec une caméra subjective volontairement envahissante. À tel point que le comédien, inconscient qu’un objectif l’épie sans cesse, habite le rôle comme s’il s’agissait d’une seconde nature.

Et puis, comme par miracle, une promesse de rédemption avec la redécouverte de la femme, la rencontre avec Audrey (magnifiquement belle Noémie Godin-Vigneau) qui, comme par magie, allume en lui les anciens codes de la drague.

Mais dans la vie de Bertrand, Audrey est une apparition furtive qui ne peut se matérialiser, un visage que l’on croise par hasard, un corps qui s’offre dans son imaginaire, une possibilité de renouer avec la vie. Les quelques mots échangés, des paroles parfois confrontationnelles et ce soudain rapport physique à l’autre non consommé rendent l’histoire d’amour impossible, mais émouvante par son refus de se manifester.

Et c’est à ce moment que Mitrani refuse le compromis, évitant de capituler face à son projet initial. Et comme fin (que nous ne dévoilerons pas), une idée qui le place dans le rang des humains. Avec Le Militaire, Noël Mitrani propose l’un des plus beaux gages sincèrement cinématographiques québécois de l’année.

Le Militaire en couverture de Séquences

Séquences, nº 290, mai-juin 2014
Critique d'Élie Castiel.
Entrevue avec Noël Mitrani et Laurent Lucas, pp. 36-38